Joseph, un oublié des registres d'individualité de Capesterre Belle-Eau
Joseph, de nation Congo, décède le 01/05/1855 à Capesterre-Belle-Eau. Grégoire François, économe de l'habitation Saint-Sauveur se présente à la mairie afin de déclarer ce décès.
Mais l'adjoint au maire, Pierre Miolard, se rend compte que Joseph n'a pas été enregistré sur les registres d'individualité comme le prévoyait le décret du 27 avril 1848, qui abolit définitivement l'esclavage dans les colonies françaises. Les enregistrements des nouveaux libres de Capesterre avaient été effectués du 08/08/1848 au 11 septembre 1852.
De ce fait, aux yeux de l'administration française, Joseph n'existe pas.
L'explication est donnée : c'est un vieillard infirme, "ne travaillant plus depuis longtemps, à qui on donnait asile parce qu'il avait vécu et travaillé en cette demeure [habitation Saint-Sauveur] avant l'émancipation" mais qui avait été oublié d'être présenté à l'enregistrement , "sans doute, à cause de sa nullité" [terme juridique de l'époque par lequel il faut entendre "non-productif"].
L'officier d'état civil, consciencieux, se penche sur d'autres registres et retrouve la trace de Joseph sur celui du recensement d'esclaves de 1840 : le matricule 1791 lui avait été attribué et il était né en Afrique, âgé de 46 ans et appartenait à Mr Mahusié.
C'est précisément ce dénombrement qui a permis à Joseph d'être enseveli dignement : Par ordonnance du 04/08/1833, afin de taxer les propriétaires et de lutter contre la traite clandestine, l'Etat avait obligé le recensement annuel et nominatif des esclaves ainsi que la déclaration des naissance et décès.
Le 02/05/1855 il était âgé de 61 ans lorsqu'il a été inscrit à l'Etat-civil, au registre des décès acte n° 34, sous le nom de Joseph CONGO.
Marie-Luce
