La Fête du Roi

18/08/2026

Charles-Philippe de France, comte d'Artois, né le 9 octobre 1757 au château de Versailles (France) et mort le 6 novembre 1836 à Görtz (Autriche) succède à ses deux frères, Louis XVI et Louis XVIII sur le trône en 1824 sous le nom de Charles X. Il devient le 68ème Roi de France.

Fils de Louis-Ferdinand de France et de Marie-Josèphe de Saxe, il est roi de France et de Navarre de sept 1824 à juillet 1830.

Après son sacre le 29/05/1825, il organise des fêtes annuelles à Paris. Celles de 1826, 1827, 1828, 1829 sont marquées en Guadeloupe par des affranchissements accordés par le Conseil Privé (ou Souverain).

Séance du Conseil du 26/10/1826 [1]
"M le Procureur général en fonction dit que Mr le Contre-Amiral Jacob avait, avant son départ, accordé cent dix affranchissements que le nombre des demandes allaient toujours en augmentant ; qu'il n'y aurait pas d'inconvénient à les accueillir si les individus ainsi affranchis se livraient à la culture, mais que loin de là, ils encombraient les villes et les bourgs, et bientôt, à cause de leur grand nombre, ils ne trouvaient plus de s moyens d'existence, que le Gouverneur était décidé à opposer une barrière à ces abus ; mais que la fête d'un monarque chéri devait être signalée par des bienfaits, qu'indépendamment des secours donnés à l'indigence, Monsieur le Gouverneur avait cru devoir accorder un certain nombre de patentes de liberté, mais de manière cependant que la faveur n'y ayant aucune part, elles fussent la récompense du mérite réel, et un encouragement pour tous.
Ici M le Procureur général en fonction a fait un rapport sur chacun des individus au nombre de vingt-quatre.
Après une mûre discussion, le Conseil Privé a été d'avis que des patentes de libertés devaient être accordées à vingt et un individus.
Les noms de ces individus, les motifs d'affranchissement, le prix des patentes, sont indiqués dans un tableau dressé à cet effet par les soins de M. le Procureur général."

Le tableau en question n'ayant pas été retranscrit lors de cette séance, nous n'avons pas les noms des 21 individus affranchis en cette occasion.

Le seul affranchissement de 1826 que j'ai pu repérer jusqu'à maintenant est celui d'Astasie avec sa fille Fanélie. Elles ont été patentées le 22/07/1826 et ne faisaient pas partie des cas traités en séance du 28 octobre.

Séance du 03/11/1827[2],
le procureur général donne lecture au Conseil d'un rapport à Mr le Gouverneur dans lequel il va présenter les demandes d'affranchissements de 26 individus qui lui ont paru mériter le plus de faveur sur 249 rapports.

Séance du 05/11/1828[3],
 "le procureur général par intérim expose à Mr Le Gouverneur et au Conseil, que l'usage a toujours été de prendre occasion de la fête du Roi pour accorder des patentes de liberté aux esclaves pours lesquels elles sont sollicitées. Le Gouvernement colonial évite même d'en accorder dans le cours de l'année, et réserve les faveurs de cette espèce pour cette époque solennelle afin que la mémoire du bienfait soit toujours dans le cœur de l'affranchi, unie à celle du Souverain, sous le règne duquel il lui a été donnée d'en jouir. Mais les sollicitations de cette espèce sont en très grand nombre et dans l'intérêt du système colonial, le gouvernement ne doit, qu'avec mesure et discrétion, admettre des esclaves à l'affranchissement. M. le Procureur général présente une liste d'environ quatre cent pétitions parmi lesquelles il s'agit de faire un choix. Les pièces sont mises sous les yeux de M. le Gouverneur et du Conseil et après examen attentif, il a été décidé que des patentes de liberté seront accordées aux individus, dont suit la note énumérative, avec leurs âges, les noms de leurs protecteurs, les motifs qui ont paru déterminants en leur faveur et le taux auquel les patentes ont été fixées".

Séance du 09/12/1829[4],
le Conseil Privé décide d'accorder "le bienfait de l'affranchissement" à 39 individus qui, "par de longs et bons services rendus à leurs maîtres ou à la Colonie" et "après une examen long et sévère ont pu aspirer à la bienveillance du Gouvernement" .

Les taxes (entre 100 et 1200 frs) à payer rapporteront à l'Etat 19 250 frs. 5 individus seulement n'ont rien eu à payer.

Après l'attaque [les Trois Glorieuses] du palais des Tuileries le 29 juillet 1830, une nouvelle Monarchie est mise en place, Charles X part en exil en Autriche et y meurt du choléra en 1836. Nous entrons dans le règne de Louis Philippe 1er.

Ce motif ne pouvant plus être mis en avant en 1830, le Conseil Privé accorde tout de même les affranchissements de 28 individus à l'occasion du départ du Gouverneur[5]. "Mr le Procureur Général du Roi présente à l'approbation de Mr le Gouverneur, en conseil, plusieurs concessions du bienfait de l'affranchissement, faites à l'occasion du départ de S.E. M. le Gouverneur [Baron des Rotours], et selon l'usage suivi jusqu'alors par les prédécesseurs de S.E. en faveur des individus ci-après désignés…".

Louis Philippe 1er, couronné le 09/08/1830, décide, lui aussi, d'organiser une fête en 1831 et c'est l'occasion pour le Conseil Privé d'accorder des affranchissements en son honneur.

Séance du 29/04/1831[6],
le Conseil décide d'accorder 156 patentes de liberté, lesquelles seront délivrées gratuitement. Les motifs sont "pour mariage", "dispositions testamentaires" et "autres".

Tous devront verser une somme de 58 francs 40 centimes au bureau de bienfaisance au profit des pauvres afin d'obtenir leur patente.

Il n'y aura plus d'affranchissements dans ce cadre [Fête du Roi] en Guadeloupe après 1831, car le 12 juillet 1832, une loi 'simplifie' les formalités pour l'affranchissement des esclaves.

Je vous présente, sur Généanet, ces individus qui, entre 1826 et 1831 et en l'occasion ces fêtes royales, sont devenus libres "afin que la mémoire du bienfait soit toujours dans le cœur de l'affranchi, unie à celle du Souverain, sous le règne duquel il lui a été donnée d'en jouir" :

Marie-Luce


Les éléments qui ont permis (ou qui n'ont pas permis) leur identification sur les registres d'Etat-Civil :

  • Tous les affranchissements décrétés en séance ne sont admis définitifs qu'après le paiement total de la taxe ou patente. Ce n'est qu'à l'issue de la réception de l'intégralité de cette patente que l'acte d'affranchissement est rédigé et remis afin d'être présenté auprès de la commune de résidence. D'où, quelquefois, le décalage entre la décision et la patente pour les actes ultérieurs.
  • C'est à compter de 1833, avec la mise en place du Conseil Colonial, que les actes d'affranchissement sont systématiquement reportés sur les registres d'Etat-civil. Dans la plupart des actes ultérieurs qui concernent ces libres de couleur, leur condition est citée mais les dates ne sont pas mentionnées.
  • Pour la région de Pointe-à-Pitre (et les Abymes), les patentes sont répertoriées à l'Etat-Civil bien avant 1828 et beaucoup d'entre elles sont retranscrites en totalité.
  • En Grande-Terre, lors des mariages, la date d'affranchissement ou patente est assez souvent citée. On retrouve, aussi et quelquefois, ces informations lors de mariage, de jugement ou de décès bien après 1848.
  • Dans la région Basse-Terre, un simple prénom n'a pas permis de retrouver les traces facilement : ils pouvaient aussi bien dépendre de communes avoisinantes tel que Gourbeyre, Saint-Claude, Bouillante ou Vieux-Fort.
  • La variation du patronyme (nom, simple prénom, surnom, nom/prénom, prénom/nom) peut être ajustée lorsqu'il y a mariage : le nom ou prénom de l'époux/épouse, naissance et mariage des enfants, ont permis de suivre quelques traces.
  • Certaines présences et citations aux évènements (avec lien de parenté) ont permis aussi de reconstituer des familles.
  • Particularité de la session de 1828 : outre les motifs, sont cités des liens de parenté, condition maritale, date, nom propriétaire. Cependant peu d'infos sur la commune d'origine.

Sources et notes

Procès-verbaux des délibérations du Conseil Privé de la Guadeloupe

[1] ANOM – Session du 26/10/1826 – Côte :GUAD CORR 146 - Identifiant : ark:/61561/xr660qln – Vue 147/225
[2] ANOM – Session du 03/11/1827 - Côte :GUAD CORR 147 - Identifiant : ark:/61561/xr660ay2i – Vue 5 à 7/11
[3] ANOM – Session du 05/11/1828 – Côte :GUAD CORR 148 - Identifiant : ark:/61561/xr660icbfo – Vue 5 à 9/11
[4] ANOM – Session du 09/12/1829 - Côte :GUAD CORR 149 - Identifiant : ark:/61561/xr660fz1zf – Vue 5 à 6/6
[5] ANOM – Session du 27/04/1830 - Côte :GUAD CORR 150 - Identifiant : ark:/61561/xr660pjnir– Vue 12 à 14/14
[6] ANOM – Session du 29/04/1831 - Côte :GUAD CORR 151 - Identifiant : ark:/61561/xr660cxv3y – Vue 12 à 17/20